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poetry

Appartenance de la littérature macédonienne
à la sphère culturelle méditerranéenne

Aporie du concept de Méditerranée

Envisager la littérature contemporaine macédonienne dans le contexte du système des cultures et littératures méditerranéennes est l’une des multiples options interprétatives, ni unique, ni finale. L’option méditerranéenne d’interprétation de la culture et littérature macédonienne met l’accent sur la question de « l’influence des littératures de cette région sur son développement »1 , c’est-à-dire des contacts interlittéraires entre les littératures qui appartiennent à la zone méditerranéenne, ce qui pose avant tout la question de l’appartenance de la culture macédonienne à la méditerranéenne. Avant de répondre à ces questions, il convient, tout d’abord, de rappeler les implications symptomatiques du concept de Méditerranéen, accumulées et filtrées au long d’une longue période temporelle, sous l’influence des événements et des courants historiques ayant marqué les territoires autour de la mer Méditerranée, qui s’actualisent d’une époque à l’autre, et qui valent aujourd’hui encore. Le seul terme de Méditerranéen, substrat de la mer Méditerranée, signifie, traduit littéralement, « mer au milieu des terres ». Le Méditerranéen comprend les parties occidentale et orientale, levantine.2 Sur les rives du Méditerranéen se trouvent les pays suivants : Espagne, France, Italie, Grèce, Turquie, Syrie, Liban, Israel, Egypte, Lybie, Tunisie, Algérie, Maroc, avec aussi, sur l’Adriatique, l’Albanie et les Etats issus de l’ex-République de Yougoslavie – Slovénie, Croatie, Monténégro/ République Fédérative Yougoslave, et sur la mer Noire – la Bulgarie, la Roumanie et la Russie. Les sources encyclopédiques rappellent que cette zone est, par ses prédispositions géomorphologiques, une région particulièrement séismique et volcanique, un carrefour de voies et intérêts maritimes et une « zone de conflits mondiaux ».3

Le Méditerranéen inclut plusieurs périodes historiques : - la période préromaine (les pays maritimes tels que Carthage, la Grèce ancienne, la Phénicie…) ; la période romaine, au début de l’expansion de Rome, du Ier au IVème siècle de l’ère nouvelle, où se forme l’union économique méditerranéenne dite « Mare nostrum » ; la troisième période (entre le IVème et le XVème siècle), peut-on dire byzantine, où l’Empire romain subit l’invasion germanique, slave et arabe et où on en arrive au partage de l’empire en Empire romain d’occident et Empire romain d’orient ou de Byzance (395) ; la quatrième, la période ottomane, avec en 1453 la chute de Constantinople (l’ancienne Byzantion, dite plus tard Istanbul, Tsarigrad ou seconde Rome), siège de l’Empire romain d’occident, et le début de l’Empire ottoman ; - la cinquième, lorsqu’au début de la Première guerre mondiale, après la chute de l’Empire ottoman, se forment de nouvelles constellations étatiques et socio-culturelles…Le Méditerranéen « porte un ensemble de caractéristiques, celles d’une sphère culturelle particulière, formée après un long processus de développement historique dans le cadre des formations étatiques qui ont occupé cette partie du monde. Après la chute de l’Empire romain et de ceux qui lui succédèrent – Byzance et l’Empire d’occident – sur les deux ailes extrêmes de cet espace, les péninsules Balkanique et Ibérique s’imprègne aussi l’influence de la civilisation islamique. » Cette constatation de Blazhe Koneski4 est un point de départ dans nos essais pour définir le Méditerranéen, ou plus exactement la sphère culturelle méditerranéenne, en tant que catégorie historique et contextuelle, à la sémantisation de laquelle participent plusieurs facteurs (extérieurs) de caractère géographique, politique, civilisationnels, religieux, anthropologique et spirituel.

Les phénomènes de communication, de l’interculturel et interlittéraire sont immanents aux peuples et civilisations méditerranéennes, ce qui est un effet des constantes migrations, de toutes les influences subies, les conversions, les croisements et hybridations ethniques, culturelles, linguistiques et religieuses (christianisation, islamisation, hellénisation, slavisation…), ainsi que des dramatiques « iliades » et « odyssées » d’ entreprises expansionnistes ou conquérantes, dans le domaine aussi bien culturel que géopolitique. Avec de tels processus socio-culturels se déroulant depuis des siècles et des millénaires sur les territoires du Méditerranéen, l’isolation ne saurait être la caractéristique primaire ni dominante des cultures et littératures qui appartiennent à la sphère culturelle méditerranéenne. Les rives de la mer Méditerranée « rassemblent des populations très diverses, une mosaïque de tempéraments, de sensibilités et d’affinités intellectuelles très différents. Grâce aux grandes facilités de circulation, ces populations ont entretenu toutes les formes possibles de relations : guerre, commerce, échanges d’objets, de connaissances, de méthodes – un amalgame de sang, de verbe, de légende et de tradition. La multitude d’éléments ethniques, confondus ou séparés, que sont les coutumes, les langues, les croyances, la législation, les institutions politiques, ont suscité, depuis toujours cette incomparable vitalité du monde méditerranéen (…). Aucune partie du globe terrestre ne réunit une telle diversité de conditions et d’éléments, une telle richesse de diversité et de renouvellement » (Valéry, 1980, 193).5

Le Méditerranéen est une constante mixture. Il sous-entend un mélange : - de races diverses ; - de groupes ethniques, de peuples, et même de populations et collectivités sur-etniques diverses (Sumériens, Sémites, Perses, Phéniciens, Hébreux, Egyptiens, Coptes, Syriens, Arméniens, Palestiniens, Hellènes, Macédoniens, Scythes, Phrygiens, Thraces, Slaves, Illyriens, Turcs, Maures, Latins, Italiens, Espagnols, Portugais, Français, de l’Empire romain ou de Byzance… !) ; de confessions et systèmes religieux divers (polythéistes, monothéistes) ; d’écritures et langues diverses (indo-européennes, paléo-balkaniques, arabes, hébraïques, grecques, latines, roumaines, turques, slaves...) ; - de mémoires et traditions culturelles diverses ; - de schèmes rituels et mythologiques divers ; - de systèmes divers d’archétypes et de symboles ; - de prédispositions anthropogénétiques et ethniques diverses à l’étatisme ou au nomadisme6 , à la diaspora ou l’exil, à l’épicurisme et l’hédonisme ou à l’ascétisme et l’érémitisme, à la guerre ou à la liberté, à la vengeance et au sacrifice ; - de codes éthiques et esthétiques divers ; d’axiologie et apologie du passé diverses ; de systèmes politiques et étatiques divers ; - de représentations collectives quant aux concepts de « civilisation » et de « barbarie ». La conscience d’être originaires de territoires ayant un passé archaïque et où se sont accomplies de si grandes transformations et re/configurations des situations et des schèmes géographiques, eschatologico-mythiques, sacraux, rituels, socio-culturels, ethniques, linguistiques, religieux et littéraires nourrit chez les peuples méditerranéens la dualité qui leur est propre.

a) Premièrement, chez les peuples méditerranéens se manifeste l’élan épique de projection et d’identification dans le passé, mythique et historique, pour prouver leur supériorité, leur identité autochtone (malheureusement souvent utilisée comme moyen pour montrer que l’Autre est inférieur et non autochtone, qu’il est un nouveau-venu, sans droits d’héritage, barbare et nomade. Mais la catégorie d’autochtone est fragile du point de vue historique et de l’évaluation, sans commencement et sans fin, et par là souvent anachronique et rétrograde quand elle s’instrumentalise dans les constellations internationales et politiques actuelles !).7 Une des conceptualisations les plus connues de l’opposition barbarie / civilisation est formée à l’époque des guerres Médiques, et des contacts des Hellènes (des Athéniens) avec les peuples de la « périphérie » tels que, par exemple, les Scythes au nord, ou les Perses (asiates/orientaux), à l’est. La représentation des barbares est liée à l’image des peuples nomades qui n’avaient pas d’habitat permanent, de capitale ni de « centre », qui erraient et, déménageaient sans cesse, à la différence des Grecs qui étaient installés, ancrés, enracinés sur un territoire. Les barbares étaient des arrivants, échappant à l’emprise, i. e. aporiques, naturels et spontanés, les Grecs étant autochtones, avec un territoire propre, mais inhibés. Le discours sur la barbarie et l’orientalisme étaient opposé au paradigme de civilisation. Les barbares8 étaient tenus pour des peuples n’ayant pas le sens de la mesure, exagérant en tout (syndrome plutonien), à la différence des Grecs Anciens qui avaient le culte de la mesure comme principe éthique fondamental (en particulier durant la période classique de l’ancienne tragédie grecque).9 Dans les communautés barbares, les femmes avaient vraisemblablement un grand pouvoir politique (régime du matriarcat), tandis que dans les Etats / la polis de la Grèce antique, le pouvoir était détenu par les hommes. Le fondement des sociétés « centralisées » et « impérialistes » est dans le « principe masculin du gouvernement ». Ce « cauchemar européen » du nomadisme et de la barbarie face auquel se manifeste l’aspiration d’appartenance à l’Europe, en tant que paramètre de civilisation, est actuel aujourd’hui aussi. Tous les peuples d’Europe ne remplissent pas les critères pour faire partie de l’union européenne officiellement reconnue ! Comme contrepoids à cette tendance se régénère aussi, en contrepoint, l’aspiration au nomadisme, le retour à la nature et au naturel ;

Deuxièmement, chez les peuples méditerranéens se manifeste l’aspiration dramatique à être totalement, activement et conflictuellement présent dans l’actualité, agir, à intervenir dans la réalité, montrer/affirmer infatigablement son identité, nier celle de l’Autre, accepter l’incompréhension comme constante des relations interethniques, et le caractère dramatique des conflits comme modus vivendi, et ainsi jusqu’à une éventuelle résolution provisoire, malheureusement souvent sous la forme d’une tragique et catastrophique culmination (d’où vraisemblablement les syntagmes de « zone conflictuelle », « baril de poudre », « pomme de discorde »).

Les frustations psychiques et dualités collectives sont projetées dans la mémoire collective (inconsciente), dans la mythologie et dans la tradition orale et folklorique des littératures des peuples méditerranéens. Lors des grands réajustements géopolitiques des frontières des empires et des Etats s’est transformé aussi leur statut de pays avec ou sans débouché sur la mer Méditerranée, ou sur la mer d’Egée, la mer Ionienne, l’Adriatique et la mer Noire…Les peuples qui ont perdu ce débouché géographique sur la mer souffrent d’une claustrophobie cachée et honorent la mer dont ils privilégient le culte. Cette frustration est passée d’un état onirique latent à celui d’un furieux ressentiment qui , comme une boîte de Pandore, a périodiquement déchaîné une peur paranoïque de l’Autre - peur de se trouver par lui mis en péril, personnifiée dans la littérature orale à travers Crna Arapina, Bascelik, le dragon à trois têtes - ou nourri le syndrome d’Abel et Caïn…

Cette dualité est l’occasion de nombreuses constellations dans la sphère culturelle méditerranéenne, dans le complexe méditerranéen de pays et de peuples, d’idéaux et intérêts. Pour ces peuples hypersensibles augxquels n’est pas étrangère non plus l’état d’esprit de non indifférence (historique, ethnique), le ressentiment et la vengeance, s’est constamment redéfinie le besoin de léthargie, du sens du pardon et de l’oubli des traumatismes historiques. Les peuples du Méditerranéen sont placés in continuo devant la nécessité de se résigner aux réalités historiques fondamentales, au fait qu’ils partagent et célèbrent des mythes, des faits légendaires, et même historiques, communs, qu’ils vivent sur un territoire qui a vu se produire un grand nombre d’intersections et de réajustements des frontières étatiques, un territoire où ont disparu non seulement des civilisations et des Etats, des langues et des peuples, mais aussi des continents entiers (Atlandide, Lemuria), que toute époque ne convient pas au retour en arrière, qu’il ne faut pas tourner en rond, car certains retours sont dépourvus de sens et se paient au prix d’une réincarnation du despotisme et de la tyrannie, d’exils massifs et de retouches à la constitution des peuples et des Etats, d’un triomphal remake de la mort…

La Méditerranée est une parabole de la tour de Babylone des langues, des peuples, des religions, mentalités et de réthoriques. Et ce n’est pas tant le semblable qui lie ces peuples de races, langues et de religions diverses, que leur séculaire et mutuelle dépendance de l’autre construite sur un grand nombre de besoins objectifs, géostratégiques, économiques et politiques, mais aussi sur certaines impulsions ataviques et irrationnelles, conceptualisées sur des archétypes et matrices sociales et existencielles. Cette dépendance de l’un par rapport à l’autre est un locus communi entre ces diverses entités, collectivités et individualités. Celle-ci est le motif pour entrer en contact, pour la communication et le dialogue : qu’il s’agisse d’échange commercial ou d’union et d’empire commun. C’est précisément à cause de cette dépendance de l’un par rapport à l’autre inhérente aux pays du Méditerranéen qu’apparaissent si paradoxales et grotesques les cycliques invasions de l’aversion à l’égard du dialogue, à l’égard de l’Autre et de l’Altérité/ Différence, qui comme une ombre saturnienne à demi vivante se glisse à travers les siècles et menace la paix de la zone méditerranéenne. C’est précisément à cause de ces prédispositions naturelles des pays méditerranéens au contact mutuel, au mélange et à l’interférence, qu’apparaissent encore plus lamentables et plus tristes les campagnes guerrières (ce nomadisme guerrier, comme le surnomme Josif Brodski !) et les si longues, parfois séculaires, et fanatiques rivalités et négations religieuses et nationales.

Paradoxales sont aussi les expériences collectives et individuelles d’isolation et d’auto-isolation, que ce soit sur les inaccessibles sommets des monts mythiques à travers le Méditerranéen, ou bien dans les déserts, les grottes écartées et les îles solitaires…La sphère culturelle méditerranéenne, où domine la pratique du contact et du « dialogue » n’est pas sans connaître la philosophie du monologue de l’érémitisme et schisme, des modes séculaires de « fermeture des frontières » d’un pays ou de déclaration publique de son retranchement d’une communauté et communication plus vaste, voire mondiale. Le Méditerranéen connaît aussi la poétique des portails maudits, de la réclusion à domicile ou autre forme de condamnation et extermination de certains mouvements (iconoclastes, bogomiles…) et individus, avatars sociaux et culturels ( sous des formes aussi bien païennes que chrétiennes et islamiques…)10

La sphère culturelle méditerranéenne à son proche et cyclique cheminement à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis. Dans la syntaxe méditerranéenne, le principe métaphorique de similarité (analogie, sélection) cède le pas devant le principe métonymique de voisinage (contiguïté, combinaison) et devant le principe ironique du paradoxal et de l’antinomie. L’intertexte méditerranéen sémantise (aussi) l’absence du dialogue, comme s’il était inscrit sur le pré-texte du Vacuum, sur les traces du Rien, comme s’il connaissaît la magie/l’alchimie pouvant donner sens au non-sens, justifier l’injustice, rendre la vue à l’aveugle, ressusciter les morts… Dans cette aporie historique de l’intercontinent ou inter-espace méditerranéen, nous voyons la genèse de la dualité méditerranéenne quand il est question aussi du dialogue interculturel et interlittéraire : d’un côté, le dialogue s’impose comme nécessité et comme réalité, et de l’autre comme surcompensation. Quand il apparaît sous forme de compensation se manifeste l’envers réel du dialogue, qui choisit le mépris à l’encontre de l’Autre comme alternative de survie. Au bord du désastre, les peuples méditerranéens usent du correcteur monstrueux de l’auto-destruction, destruction de l’autre, génocide. Ceci est cause que sur les espaces méditerranéens l’évolution s’arrête parfois ou qu’elle recule ; en de tels moments, le centre civilisateur du progrès se déplace de l’Orient, Proche-Orient/ Asie Mineure, Afrique, Péninsule balkanique (Empire sumérien, égyptien et romain d’orient) vers l’Europe occidentale.11

Le Méditerranéen est un palimpseste à l’infini, l’indéchiffrable mémoire des millénaires en partie conservée sur les pierres, les stèles, les papyrus, les hiéroglyphes, dans les inscriptions des donateurs, toutes les symboliques représentations picturo-linguistiques, en partie aussi disparue et transcendée dans l’éther métaphysique des époques archaïques et la mystérieuse culture du culte du verbe oral (Aron Gurevich, Milo Djuric, Elena Koleva, Nikos Chausidis), avec cette incompréhensible angoisse devant le Caractère, le Verbe, l’Ecriture…Le Méditerranéen est un cercle ouvert et sans fin, une spirale ouverte en profondeur et sur un ciel immense, sur des civilisations disparues, langues, sanctuaires, bibliothèques, amphithéâtres, démons et divinités…Le Méditerranéen a d’innombrables diagonales, mais il n’a pas de rayon, pas de diamètre, pas de centre. Il n’a pas d’absolu propre. Sa pesanteur est une constante variable. Aussi la précaution est-elle inévitable s’agissant d’ouvrir un débat/symposium sur la littérature macédonienne dans le contexte culturel méditerranéen. Et c’est pourquoi est non seulement permise, mais même recommandable une flexibilité dans le choix des points de vue, une multifocalisation dicursive de l’objet du débat.

Compris comme une sphère culturelle particulière, le Méditerranéen, à la fin du vingtième siècle, englobe les pays qui firent jadis partie des grands empires, byzantin et romain, par exemple, parmi lesquels se trouvent aussi aujourd’hui des Etats, nouvellement formés et indépendants, qui n’ont pas géographiquement accès à la mer Méditerranée, sans rives ni frontières maritimes. Le paradigme des concepts du complexe lexico-sémantique, cuturel et anthropologique méditerranéen, tels que sont les concepts de Méditerranéen, de méditerranéen, de littérature et culture méditerranéenne, de topique et symbolique méditerranéenne, est historique, sémantiquement sensible, flottant et instable. Mais, d’un autre côté, ces concepts sont historiques, re-productifs et adaptables aux nouvelles civilisations et aux nouveaux codes culturels. Ils sont en procès constant de resémentisation et précodification, selon les constellations historiques, idéologiques et civilisationnelles. Dans certains cas un facteur décisif dans la détermination du caractère méditerranéen d’un pays est sa topographie même et sa situation géographique, mais dans d’autres cas sa texture culturelle et civilisationnelle.

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1. Blaze Koneski, “La Poésie macédonienne dans la sphère méditerranéenne”, Nova Makedonija, 18. 05. 1980: 9.
2. Vlada Uroshevic donne de magnifiques descriptions du Méditerranéen dans l’essai/ journal de voyage publié sous ce même titre dans Aldebaran, Skopje, Kultura, 1991: 87-108. On lit à la page 91: “Méditerranééen: merorfévrée, mer de filigrane, mer de pierre, d’amphores brisées, d’argent forgé. Uniques couleurs: blancheur des vagues, blancheur du bateau, indigo de la mer. Blancheur argentée, mais seulement quand on ferme les yeux; on ne sait à quoi elle appartient. Ciel sans couleur, effervescences de chaux vive, de mercure et d’étain; parchemin lavé par les eaux où s’efface le bleu des contours. Je pense au “Méditerranéen” optimiste, radieux, insouciant, et sombre aussi pourtant de Dufy, au “Méditerranéen” mystique de Perone. ”
3. Petit Robert 2, dir. De Paul Robert, Paris 1975.
4. Le thème de ce projet/symposium de MANU comporte justement le syntagme de Blaze Koneski – “sphère culturelle”.
5. Paul Valéry, “Inspiration méditerranéenne”, Expérience poétique, Belgrade, 1980: 193.
6. Josif Brodski mène une réflexion intéressante sur le nomadisme qu’il classifie en spatial et temporel. “Le nomade chevauche toujours vers l’ouest”, dit-il, et autre part – “la guerre est l’écho de l’esprit nomade”, “Fuite de Byzance”, Streme 1-2, 1989 : 61, 63.
7. Nil Asherson, Des “barbares” et des “civilisés”, second chapitre de Mer Noire, publié dans Lettre internationale 7, juillet-septembre 1997: 4-26.
8. Asherson émet l’hypothèse qu’éthymologiquement le mot varvarin ou barbarin (barbare) a une racine onomatopéïque et qu’il provient du verbe brbori, parler de façon incompréhensible. Sur la base d’une interprétation associative plus libre, nous pouvons dire que dans la langue macédonienne contemporaine, outre dans le verbe brbori, on peut trouver aussi cette racine dans le nom zbor (mot, parole), ainsi que dans le verbe zboruva (parler)…
9. Asherson dit : “Tout le savoir concernant les Scythes, tel qu’il s’est accumulé, a forgé et renforcé l’idée que les peuples des steppes de la mer Noire étaient primitifs et barbares, ainsi que la conclusion que le nomadisme était un mode d’existence primitif et inférieur” (1997: 20).
10. Aron Gurevich, se référant aux travaux de recherche d’Aleksander Kozdan, souligne la particularité de “l’individualisme byzantin”, qui se caractérise par un haut degré de mobilité sociale à double sens, le simple citoyen pouvant atteindre à un poste élevé et même (cela s’est produit) au trône”, et inversement, l’empereur pouvant “être condamné à mort, castré et exilé dans quelque lointain monastère. ” “Pourquoi ne suis-je pas byzantologue?”, Skopje, Lettre internationale 3, juin 1996: 86.
11. “Les villes de la haute période byzantine étaient loin en avance sur celles d’Europe occidentale, elles étaient de grands centres de commerce, de production et de civilisation: cependant, elles ont été étouffées par l’administration impériale et locale - au moment où les villes libres de l’ouest prenaient place dans la vie politique et économique, devenant des centres d’activités intense, sans précédent, dont l’essor a fait de l’occident le chef de file de l’histoire mondiale”, Aron Gurevich, 1996: 86.

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